Enfin la voie Tidjâniya est une voie de tolérance parce que d’amour et de louanges.

Puisque le disciple Tidjâni est en amour avec Dieu, il cherche à Le servir sincèrement de la façon la plus complète ; or, servir Dieu, c’est servir les hommes.

Il sert les hommes sans attendre de récompense matérielle ou spirituelle.

Certains disciples Tidjâni ont accepté de s’allier avec des gens agressifs, endurant sans plainte les rigueurs d’une telle alliance. En guidant de telles personnes le maître Tidjâni soulage la société de leur mauvaise conduite et épargne celle-ci des dangers qu’elle pourrait encourir, du fait de leurs agissements.

D’autres disciples Tidjâni ont choisi de se marier avec des gens méchants et incorrects, de manière à mieux les servir en supportant leur iniquité.

Ainsi le disciple Tidjâni éprouve, à l’égard de ses frères et de tous les êtres, un sentiment de fraternité profonde. Il se fait toujours l’apôtre de la plus large tolérance, puisque nonobstant la diversité des chemins, il sait que l’objet de la recherche est toujours le même. En effet, les chemins qui conduisent à la Mecque sont divers, certains viennent d’Afrique, d’autres d’Europe, d’autres encore s’Asie ou d’Arabie, passant par terre, par mer ou par avion ; la distance des chemins à parcourir est, chaque fois différente, mais lorsqu’ils aboutissent, les controverses, les discussions et les divergences de vues disparaissent, car les cœurs s’unissent dans l’amour.

Alors que l’homme ordinaire est affecté dans son être par l’environnement extérieur qui le conduit à réagir par la colère, l’ennui, l’impatience, l’envie, le vrai disciple Tidjâni n’a plus de « moi », à partir duquel il réagirait ; il n’a aucune raison d’être offensé ou d’offenser qui que ce soit.

La haine et la rancune n’ont pas de place dans son cœur, dans lequel réside l’Amour de Dieu ; car un cœur rempli de méchanceté et de penchants négatifs ne peut pas contenir l’Amour divin.

Il « ne repousse point ceux qui, cherchant la Face de leur Seigneur, L’invoquent matin et soir… » (VI, 52).

Ainsi, à l’instar de la religion musulmane soucieuse du bien-être des hommes, de la concorde et de la paix qui doivent régner entre les hommes, la tariqah Tidjâni unifie les cœurs et fortifie la foi dans la tolérance et la charité.

Dieu, dans Sa sagesse, a laissé la liberté de croyance à tous les hommes, d’où la diversité des croyances des peuples. Dieu dit : « Si ton Seigneur l’avait voulu, tous ceux qui sont sur la terre, croiraient (en Lui) dans leur totalité. Est-ce à toi de contraindre les hommes à être croyants… ? » (X, 99). C’est pourquoi les musulmans ne voulurent contraindre personne à se convertir à l’islam, convaincus qu’ils sont que cela ne dépend que de Dieu.

Il a dit encore : « … La Vérité émane de ton Seigneur ; Croie qui veut ! Que soit mécréant qui veut ! » (XVIII, 29). « Point de contrainte en religion. La Vérité se distingue de l’erreur. » (II, 256)

Il commande de ne discuter avec les gens du Livre que de la manière la plus courtoise.

Appliquant ces principes de tolérance, la tariqah interdit la contrainte et prescrit tout prosélytisme. Les disciples sont convaincus que seuls ceux que Dieu a prédestinés à embrasser la voie seront admis dans cette tariqah par un engagement volontaire librement consenti et sont invités à discuter de la manière la plus courtoise avec tous les croyants, qu’il appartiennent ou non à d’autres voies spirituelles. Toutes les voies spirituelles islamiques mènent au même but. La tariqah Tidjâniya recommande aux disciples de ne discuter des avantages et grâces réservés aux disciples de cette voie qu’entre disciples Tidjâniya, à l’exclusion des tiers étrangers pour éviter à ceux-ci des sentiments de frustration ou de révolte contre le Tidjanisme.

Sidi Hadj Malick Sy, dans Kifayat-Raghibin, devait attirait l’attention de ses disciples sur la nécessité de vénérer tous les maitres authentiques et de respecter tous les croyants, et déclarait que « mépriser la voie d’autrui, c’est mépriser l’islam ».

Il enseignait la vertu et la tolérance par l’exemple. Il cite par exemple l’anecdote suivante : Un jour, « Abu Sahid Al-Wazir qui fut chrétien arriva chez le Cadi Ismaïl, qui se leva pour l’accueillir et lui souhaiter la bienvenue. Lorsque son hôte prit congé de lui, Ismaïl dit à l’assistance : « J’ai compris votre désapprobation, mais Dieu le Très Haut ne vous commande-t-il pas de faire le bien à ceux qui ne vous ont pas combattus à cause de la Religion (80/8) ? Et le geste d’accueil relève de la bienfaisance. »

Si le disciple Tidjâni constate que son frère s’est départi de la ligne de conduite qui sied, qu’il le rappelle à la raison et le remettre dans le droit chemin avec modération et courtoisie ; telle est la bonne manière prescrite par Dieu et Son Envoyé (B et S) pour atteindre son but.

Dieu dit :

  1. « Appelle (les hommes) vers le chemin de ton Seigneur par la sagesse et la bonne exhortation. Discute avec eux de la meilleure façon. En vérité, c’est Ton Seigneur qui connait le mieux celui qui suit la bonne voie » (XVI, 125)

 

  1. «  Il n’observent, envers un croyant, ni lien de parenté, ni foi jurée. Ce sont des transgresseurs. S’ils se repentent, accomplissent la prière et s’acquittent de l’aumône légale, ils deviennent vos frères en religion. Nous détaillons ainsi les versets pour ceux qui savent. » (IX, 10 et 11).

Et le Seigneur Très Haut commande à Ses envoyés, Moïse et son frère Aaron, de tenir un langage conciliant à Pharaon, l’impie : « Allez trouver Pharaon, car il agit en impie. Tenez-lui un langage affable. Peut être se souviendra t-il de Moi ou (Me) craindra-t-il ? » (XX, 43 et 44).

Et quand un de ses compagnons lui conseilla de maudire ses ennemis, l’Envoyé de Dieu (B et S) répondit : « J’ai été envoyé pour apporter aux hommes la clémence non la malédiction ».

Le Prophète (B et S) disait : « Que celui qui commande les bonnes actions, le fasse avec modération. » « Du calme, mais non dureté, attirez avec douceur mais ne faites pas fuir. » (Bukhari et Muslim)
Et il ajoutait : « Quiconque interpellera, en s’écriant mécréant (-Kafr-ou ennemi de Dieu) un homme qui ne l’est pas effectivement, sera ce qu’il attribue ainsi à autrui ». (Bukhari et Muslim)